Ca fait longtemps que je n'ai pas proposer une lecture. C'est maintenant chose faite avec mon livre de chevet actuel. Un autobiographie de Nelson Mandela. Je vous laisse lire la critique du Monde sur l'ouvrage. C'est un superbe ouvrage sur la vie de Mandela mais surtout sur l'histoire de l'ANC.
LE MONDE, 2 août 2003 : [...]
Verdict : prison à vie, dans un pénitencier de Robben Island.
Un sale coin, brûlant en été, mais où l'on grelotte dans l'humidité de l'hiver. Du Cap, les condamnés embarquent du quai n° 5 en direction de la tâche sombre que l'on aperçoit en mer, à quelques kilomètres de là. Assis sur des bancs dans la cale, avec les moteurs diesel qui empestent, secoués par les vagues, ces hommes qui se battent pour leurs droits et ceux des autres, pour la simple égalité juridique de tous, sont pour la plupart malades durant la courte traversée. Quand ils arrivent, les chiens policiers attendent sur la jetée, avec les gardiens, fusil à l'épaule. Dans ce pénitencier pour droits communs récalcitrants, il n'y a pas de chauffage, pas d'eau chaude. Des seaux servent de toilettes, il faut les vider le matin. Les cellules sont des carrés de 2,50 m de côté et de 2,70 m de haut, éclairés par une ampoule de 40 watts. Aucun meuble, juste une paillasse au sol.
On attend, chez les autorités, que l'homme qui organise la lutte des noirs soit oublié. Qu'il finisse par moisir, par s'enliser, se couvrir de poussière, malade de désespoir et d'inaction. Ce ne sera jamais le cas. Au fil des ans — vingt-sept, en tout, jusqu'au 11 février 1990 et à ses 71 ans —, Nelson Mandela devient le prisonnier politique le plus célèbre du monde, le plus encombrant. Où puise-t-il la force de tenir ?
[…]
Sans doute n'aurait-il pas tenu, il le souligne, sans ses compagnons de lutte et de détention. Aussi admirable que soit l'individu Mandela, il se comprend comme partie d'un ensemble, qu'il s'agisse du mouvement populaire qu'il incarne ou du groupe de prisonniers avec lesquels il partage espoirs, informations, résistance. On reste pantois, quand on lit les chapitres de ses Mémoires consacrés à sa vie en prison, devant le génie déployé par le groupe pour communiquer. Des messages sont dissimulés dans des boîtes d'allumettes, des rebords de toilettes, les textes sont transcrits avec du lait, codés pour être indéchiffrables. Même sur cette île perdue, et dans les pires conditions, la lutte s'est poursuivie activement, pas seulement de manière symbolique.
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