Un article sur la reduction du temps de travail assez interresant pioché sur le blog etiamrides.
La réduction du temps de travail :
un mot d'ordre du mouvement ouvrier
Les arguments en faveur de la réduction du temps de travail puisent leurs sources théoriques :
1) Dans la pensée socialiste du XIXème siècle, qui voit dans la limitation du temps de travail un instrument de libération. En 1866, la Première internationale fait de la journée de huit heures son mot d'ordre. C'est au nom de ce combat libérateur que s'imposent les grandes lois limitant le temps de travail, d'abord pour les enfants, puis pour tous les travailleurs, pour parvenir aux 40 heures en 1936, puis aux 39 heures en 1982, pendant que le nombre de semaines de congés payés passe de 2 en 1936 à 3 en 1956, 4 en 1963 puis 5 en 1981.
2) Par ailleurs, à mesure que monte le chômage et que se développe la critique de la société de consommation et du productivisme, une vision malthusienne du travail s'impose, que résume parfaitement Pierre Larrouturou : “Il fallait 38 milliards d’heures de travail pour faire tourner l’économie en 1974, on fonctionne avec 34 milliards aujourd’hui, on produit beaucoup plus avec 4 milliards d’heures en moins. De 22 millions à vouloir travailler on est passé à 27 millions“ (source: Piratage(s)). C'est aujourd'hui cette argumentation dominante en faveur de la baisse du temps de travail.
Dans les deux cas, il s'agit de travailler moins pour vivre mieux et - même si le gouvernement Jospin avait en son temps donné le maximum de garanties à un MEDEF très remonté - de redistribuer des richesses, en l'occurrence, les gains de productivité opérés depuis 50 ans.
Apprendre à la France qui se lève tôt à aimer sa servitude
Le sarkozysme a su très habilement jouer sur les valeurs des classes populaires qui, malgré le reflux du marxisme, savent encore intuitivement que c'est le travail - donc les travailleurs - qui créent la richesse. La "France qui se lève tôt", qui veut "travailler plus pour gagner plus" constitue un de ces coups forces par lequel on passe de la description à la norme, et on donne aux dominés une raison d'aimer leur situation : les Français travaillent dur et malgré cela doivent travailler encore plus pour gagner leur vie certes, mais ce n'est pas un mal, c'est au contraire la marque d'une supériorité morale sur le mythique bobo alangui et avide de loisirs. Et tant pis si la supériorité morale est la contrepartie d'un asservissement économique.
Et l'UMP a apparemment tenu ses promesses : la durée hebdomadaire moyenne du travail a augmenté de deux heures depuis 2002, pour s'établir à 41 heures.
Cependant, ces chiffres ne valent que pour les salariés à plein temps. Si l'on inclut la totalité des salariés (temps partiel et temps complet confondus), la moyenne est de 38 heures, soitsensiblement plus qu'aux Etats-Unis : 33,6 heures. On est pourtant pas au courant que la classe politique d'outre-atlantique soit particulièrement sensible au combat de libération de la classe ouvrière...
Simplement, elle est particulièrement friande de précarisation des salariés flexibilité et de temps partiel imposé.
La réduction du temps de travail global par la précarisation
Or, le gouvernement actuel multiplie les mesures allant dans le sens d'une réduction de fait de la durée du temps de travail à l'échelle de la vie des salariés:
- le RSA : comme cela a déjà été relevé, le RSA est une machine à créer des emplois précaires. Comme le note Alternatives économiques:
Qu'est-ce qui retiendra les employeurs de multiplier les emplois très temporaires ou à temps très partiel, puisqu'ils auront la certitude que les salaires de ces emplois seront complétés par un RSA? De plus, les allocataires du RSA auront un accompagnement professionnel (ou social, pour ceux estimés trop éloignés de l'emploi) qui les contraindra à accepter les offres de formation ou les "offres raisonnables d'emploi". Cela au même titre que les autres chômeurs. Sauf que, pour ceux d'entre eux qui n'ont jamais connu autre chose que des emplois inexistants ou précaires, l'offre raisonnable pourra porter sur de tels emplois, et ils devront les accepter sous peine de sanctions.(Alternatives économiques - Hors-série - février 2009)
- les services à la personne : le plan Borloo, amplifié par le plan 2 des services à la personne a certes connu un important succès du côté des employeurs. Du côtés des salariés
Entre 2003 et 2006, le nombre d'heures de travail déclarées dans le cadre des services à la personne (hors assistants maternels) a progressé de 100 millions, et le nombre de salariés concernés est passé de 1,07 à 1,28 million, et même à 1,45 million si on compte les assistants maternels (1). Mais on voit tout de suite le revers de la médaille: chacun de ces nouveaux emplois correspond en moyenne à neuf heures hebdomadaires. Certes, en moyenne, chaque salarié compte 2,2 employeurs. N'empêche: en 2006, un salarié sur deux des services à la personne a travaillé moins de 227 heures et gagné moins de 1 700 euros nets dans l'année, soit seulement 140 euros par mois.
- allongement de la durée de cotisation pour les retraites : pas besoin de dessin. A partir de la cinquantaine, y compris chez les cadres, on n'est plus vraiment en odeur de sainteté dans les entreprises. En fixant l'âge de la retraite à 67 ans, comme le proposait Hortefeux, on garantit une vie professionnelle en pointillés pendant dix-sept ans à ceux qui ne pourront pas se payer une retraite privée par capitalisation.
- assouplissement du recours au chômage technique,
- etc.
En menant une politique favorisant la précarité flexibilité et les desiderata des entreprises, le gouvernement impose, de fait, uneréduction du temps de travail étalée sur l'ensemble de la vie professionnelle.
C'est-à-dire une redistribution des gains de productivité.
Aux plus riches, bien sûr.
Aux plus riches, bien sûr.