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Chef de l'Etat

Samedi 18 avril 2009

Publié dans : Chef de l'Etat

Article de libé

Rapportées par Libération, les petites phrases prononcées mercredi par Nicolas Sarkozy, lors d’un déjeuner avec des parlementaires, continuent de rebondir dans la presse étrangère. Les médias espagnols ne sont pas les seuls à relayer les propos du chef de l’Etat – évoquant le manque d'intelligence de José Luis Zapatero. Les commentaires présidentiels sur Angela Merkel et les débuts de Barack Obama sur la scène internationale ont aussi fait tilter la presse anglophone.

Selon les convives, Sarkozy avait jugé que le président américain «est un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position».

Une déclaration reprise par The Guardian, qui a interviewé le député (apparenté PCF) Jean-Pierre Brard, invité au fameux déjeuner. Le quotidien britannique rappelle au passage les habituelles «vantardises» du chef de l’Etat, son «hyperactivité». Pour le coup, celui-ci s’est «surpassé», estime le quotidien : «Saisissant sa chance de se dépeindre en héros» anti-récession, «il s’est enfoncé par ses commentaires».

Un «humour peu amène» avant même d’attaquer les petits fours qui, conclut The Guardian, ne va «pas faire remonter sa cote» auprès de Merkel, peu cliente du style sarkozyste. «Quand elle s’est rendu compte de l’état de ses banques et de son industrie automobile, elle n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à ma position», avait fait remarquer Sarkozy à propos de la chancelière allemande, lors de la réception.

Pour le New York Times, qui moque la vision du «monde selon Sarko», ce dernier, connu pour «son amour de l’action», aime aussi «rabaisser» ses homologues «dans des réunions pas si privées que ça».

The Times voit, de son côté, dans les tacles du «sniper» Sarkozy, la «fin soudaine de l’éphémère lune de miel entre la France et les Etats-Unis». Ironisant sur les propos flatteurs du chef de l’Etat pour Silvio Berlusconi – «L’important dans la démocratie, c’est d’être réélu. Regardez Berlusconi, il a été réélu trois fois» –, le journal britannique ajoute: «Il semble avoir adopté le tact» de l’Italien, «son homologue préféré». Idem pour le quotidien anglaisThe Daily Telegraph qui titre «Sarkozy insulte les chefs d’Etat lors d’un déjeuner» et rappelle que celui-ci est «peu connu pour sa délicatesse».

Malgré sa réputation, visiblement sans frontières, quelle mouche a donc piqué le président de la République ? Certains titres croient avoir un début de réponse, qui se souviennent du courrier adressé par Obama à Jacques Chirac, le mois dernier. «Comme cela a dû être irritant pour Nicolas Sarkozy...» fait mine de compatir l’hebdomadaire américain Time.

Par Socialiste
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Jeudi 16 avril 2009

Publié dans : Chef de l'Etat

Tribune de François Hollande

Dans quelle grande nation civilisée le Chef de l'Executif pourrait-il s'exprimer à la télévision sans que son temps ne soit décompté par l'instance indépendante chargée du respect du pluralisme, afin de permettre une réponse de l'opposition dans les grands médias audiovisuels?

Dans quelle démocratie la carte électorale organisant le scrutin législatif -celui qui conditionne l'alternance- pourrait-elle être redessinée par un simple Secrétaire d'Etat jusque-là connu comme chargé des élections du parti majoritaire, et sous le dérisoire contrôle d'une commission présidée par une personnalité désignée à sa discrétion par le Président de la République?

Dans quel Parlement moderne un vote malencontreusement défavorable à la majorité sur un texte controversé touchant aux libertés individuelles pourrait-il être considéré comme non valide pour cause de coup fourré de l'opposition, et les députés du parti présidentiel menacés d'une sanction financière pour cause de fuite devant l'obstacle?

Dans quel système politique un Président pourrait annoncer, tout de go, leretour de son pays dans une grande alliance militaire avant que le Parlement ne l'ait autorisé à s'engager là-dessus ? Dans quelles institutions fondées sur l'équilibre des pouvoirs un Chef de l'Etat pourrait-il décider à sa guise de la suppression des juges d'instruction, sans dénier en référer au Garde des Sceaux et sans prendre la peine de consulter le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est pourtant placé sous son autorité?

Dans quelle économie développée le plus proche conseiller du «prince» pourrait-il être désigné à la tête d'une banque privée résultant de la fusion de deux établissements et dont il a lui-même fixé le périmètre, la valeur des actifs et l'apport de l'Etat ? Et tout cela sans que la Commission de déontologie, justement compétente pour ce type de confusion d'intérêts, n'ait eu à en connaître.

Dans quelle République ordinaire un Chef de l'Etat désigne-t-il lui-même le président de la radio publique, les responsables de la télévision nationale et peut-être même les présentateurs des journaux, sans avoir à craindre les foudres d'une instance de régulation dont il a fait nommer tous les membres et qui a, depuis belle lurette, déposé les armes au pied de son trône?

Dans quelle curieuse contrée un Président pourrait-il choisir, pour une grande interview télévisée, non seulement les grands médias partenaires, mais également les journalistes eux-mêmes chargés de l'entretien? Et, en plus, inscrire cette pratique dans une tradition!

Dans quel Etat membre de l'Union européenne un dirigeant pourrait-il se rendre au G20, participer au Sommet de l'Otan à Strasbourg et prendre place au Conseil européen sans avoir reçu, au préalable, les représentants de l'opposition pour connaître leurs avis sur la meilleure manière de lutter contre la plus grave crise économique des 60 dernières années?

Dans quel pays de tradition démocratique un homme seul, même investi par le suffrage, pourrait-il détenir autant de pouvoirs : celui d'être à la fois Chef de l'Etat, du gouvernement, du parti majoritaire, et même d'un Conseil général par l'intermédiaire de son propre fils, et revendiquer le privilège de se substituer à ses ministres sur chaque sujet délicat, de se moquer publiquement de ses amis, de complimenter ses favoris, de les disgracier au premier faux pas, de les mettre en concurrence pour des places offertes aux plus serviles, de condamner ensuite cette avidité dont il a fait un jeu?

Ce pays n'est pas la France de l'Ancien Régime, c'est la France d'aujourd'hui, celle de la démocratie à bas régime, comme on disait jadis du «Bas Empire», celle d'un régime à faible teneur démocratique... Celle de Nicolas Sarkozy après deux ans de règne.

François Hollande

Par Socialiste
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