Gloire à France Inter ! Ce matin un journaliste commentant la présentation des motions devant la fédération socialiste de Paris constatait que celui qui avait été le plus applaudi et le seul qui apportait un message nouveau et dynamique était Benoît Hamon.
Gloire à France Inter car il est rare qu’un media cite l’existence de la motion « un monde d’avance » proposée aux militants socialistes. Il est plus fréquent de ne voir citées que les trois textes conduits par des éléphant(e)s ! En faisant silence sur la motion Hamon, les "commentateurs" politiques peuvent tranquillement déplorer l’absence de nouveauté, le peu de différences entre les orientations proposées, et réduire ainsi l’enjeu du Congrès de Reims à une bataille de chefs déconnectée des problèmes du pays.
Nous le savons, nous ne l’avons que trop vécu lors du débat sur le Traité Européen : lorsque les médias choisissent leur camp, à l’époque celui du Oui, celui du conformisme euro-libéral, ils ne font pas dans la mesure. Au pire ils passaient sous silence les arguments des tenants du Non de gauche, se contentant de citer ceux de Le Pen, au mieux ils confondaient tous les opposants au traité dans la boue de la xénophobie, du nationalisme ringard et de la peur de l’étranger, caricaturant avec zèle tout ce qui n’était pas conforme à leur choix. Cette fois, pour les médias, l’exception Hamon viendrait détruire la thèse qu’ils sont bien décidés à marteler : les socialistes sont incapables de proposer une véritable alternative à la droite. D’où le silence sur cette orientation. Les journalistes usent pour s’en défendre d’arguments inacceptables : on ne parle pas du texte d’Hamon parce qu’il a peu de supporters, parce qu’il n’a pas de candidat présidentiable, etc. A faire le silence sur les hommes et les orientations qui pourraient renouveler le débat, on assèche celui-ci et on réduit la politique à l’éternelle confrontation entre ceux ou celles qui ont occupé la scène politique depuis déjà longtemps.
C’est un constat : les médias ont choisi de favoriser l’expression de ceux qui le plus souvent se sont trompés depuis des années. Car, depuis des années, on nous explique au parti socialiste, qu’il faut abandonner les « vieilles lunes socialistes », que depuis la chute du mur de Berlin il faut reconnaître la victoire du capitalisme et l’accepter comme l’horizon définitif de notre combat, qu’il faut accepter la loi du marché voire le libéralisme avec l’espoir d’en corriger les effets désastreux. Naguère certains de nos responsables avaient les regards admiratifs tournés vers le SPD, vers le blairisme et la « troisième voie ». Et ce sont ces dirigeants qu’il faudrait reconduire au moment même où l’histoire leur donne tort ?
Le texte que je soutiens, celui dont le premier signataire est Benoît Hamon, a le mérite de rassembler tous ceux qui, depuis des années, sont accusés de « ringardise » parce qu’ils avaient refusé la compromission avec le libéralisme, parce qu’ils avaient fait passer leur combat pour le socialisme avant toute autre considération, parce qu’ils refusaient le libre échange généralisé, qu’ils voulaient affirmer le retour de la puissance publique dans l’économie, changer l’orientation de la construction européenne, afin de redistribuer les richesses et de répondre à l’urgence écologique. Ceux là savent que l’enjeu politique de ces prochaines années n’est pas de tenter d’améliorer la politique économique et sociale du pays sans toucher aux grandes lois du marché et de la concurrence non faussée. Il n’est pas de promettre des réformes de gauche, socialement plus justes, sans se donner les moyens de les rendre efficaces et pérennes.. Il est de changer profondément les règles de fonctionnement de l’économie, pour rendre effectivement possible une répartition des richesses plus équitable et mettre fin à la course imbécile au profit.
Ceux qui soutiennent la motion « Hamon » ne sont pas les attardés d’un socialisme archaïque. Ils savaient, bien en amont de la crise, qu’il n’y a guère de compromis possible avec la logique libérale, comme voulaient le faire croire les tenants d’un social-libéralisme aujourd’hui condamné. Ils avaient, ils ont toujours sur les camarades qui sont en train de redécouvrir la gauche, « un monde d’avance ».
Jacques Fleury